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Tester une innovation de rupture auprès de ses futurs utilisateurs

Cas client - Santé

Avec Valérie

Les innovations technologiques, notamment autour de l’IA, ouvrent de nouvelles perspectives pour accompagner les personnes déficientes visuelles. Mais comment ces dispositifs sont-ils perçus par les principaux concernés et quelle place peuvent-ils prendre dans leur quotidien ?

 

Décryptage avec Valérie, notre experte qui a mené cette étude.

Pour commencer, est-ce que tu peux revenir sur l’objectif de l’étude et la manière dont vous avez travaillé ?

Valérie : Au départ, l’idée était surtout de mieux comprendre la réalité de la déficience visuelle. On en parle souvent comme d’un seul et même public, alors qu’en pratique les situations sont très variées : certaines personnes sont déficientes visuelles de naissance, d’autres le deviennent plus tard, certaines conservent un peu de vision, d’autres pas du tout… Et forcément, ça change beaucoup de choses dans la manière de vivre le handicap et dans les besoins au quotidien.

 

Dans ce contexte, notre client a développé une solution pour accompagner personnes déficientes visuelles dans leur mobilité. Le dispositif combine une ceinture haptique, qui envoie des signaux dans le dos, et des lunettes intelligentes avec un assistant conversationnel. L’idée est d’aider les utilisateurs à se repérer et à se déplacer autrement, en construisant une nouvelle manière de percevoir leur environnement.

 

Comme la technologie est assez nouvelle, il n’existait pas vraiment de références ou d’études sur le sujet. On a commencé par une phase qualitative pour explorer le terrain : comprendre les besoins, les usages actuels et la manière dont les personnes vivent leur mobilité au quotidien. On a d’abord rencontré des experts du secteur — psychomotriciens, responsables d’associations, acteurs du handicap visuel — pour poser le cadre. Puis, on a échangé avec une vingtaine de personnes : des déficients visuels avec des profils différents et des aidants, pour avoir une vision la plus large possible.

 

Est-ce que cette phase exploratoire intégrait également du test de prototype ?

Valérie : Oui, l’étude ne portait pas uniquement sur les usages. Nous avons également consacré un volet important à l’évaluation de la solution elle-même : comprendre comment elle était perçue, identifier les bénéfices qu’elle suscitait, les freins qu’elle pouvait générer, les situations dans lesquelles les personnes se projetaient ou non, mais aussi tester les meilleures façons d’en parler. C’était un enjeu majeur, car avec une innovation de ce type, la manière dont on explique la technologie est presque aussi importante que la technologie elle-même.

 

Cette première phase nous a ainsi permis de construire une typologie de profils de personnes déficientes visuelles, de mieux comprendre leurs attentes, d’identifier les cibles les plus réceptives à la solution et de poser les bases de sa future communication.

 

La suite de l’étude consiste à passer à une phase quantitative pour mesurer le potentiel des différents profils identifiés et estimer plus précisément le marché. En parallèle, un troisième volet de l’étude consacré à la communication a permis de définir la meilleure manière de présenter cette innovation. Les enseignements recueillis ont directement nourri la mise en marché du dispositif avec la conception d’un nouveau site internet, pensé pour rendre la solution plus concrète, plus compréhensible et plus accessible aux futurs utilisateurs.

Quels insights principaux sont ressortis de tes échanges avec les personnes déficientes visuelles ?

Valérie : Dans les échanges, deux grands sujets reviennent très vite : l’accès à l’information et la mobilité.

 

Sur l’information, les choses ont beaucoup évolué ces dernières années. Les smartphones et les outils d’accessibilité ont clairement changé la donne. Pour les personnes à l’aise avec le digital, trouver de l’information ou utiliser des services au quotidien est aujourd’hui beaucoup plus simple.

La mobilité, en revanche, reste un vrai sujet. La canne ou le chien-guide apportent déjà beaucoup, mais ils ne couvrent pas toutes les situations. Il reste des moments où se déplacer peut être compliqué, et c’est justement là que des solutions technologiques peuvent apporter quelque chose en plus.

 

La solution étudiée intrigue pas mal et créé la surprise… mais elle soulève aussi des questions. D’abord sur l’ergonomie avec la ceinture. Et puis il faut aussi rendre la technologie plus concrète, plus explicite. Le principe haptique, par exemple, n’est pas forcément évident à se représenter. Quand on parle d’innovation très technique, il faut réussir à montrer très simplement ce que ça change dans la vie de tous les jours.

 

L’étude a aussi permis d’identifier différents profils face à ce type de dispositif. Parmi eux, on a par exemple repéré les “explorateurs fonceurs” : des personnes très motivées par la recherche d’autonomie, curieuses des nouvelles technologies et plutôt prêtes à tester des solutions innovantes.

À partir de ces insights, quelles recommandations tu as pu donner à Artha concernant leur dispositif ?

Valérie : Il y a deux grands volets.

 

Le premier est stratégique : identifier les profils prioritaires et évaluer le potentiel du marché. L’étude quantitative doit justement permettre de mesurer la taille de ces cibles et de mieux calibrer le potentiel de la solution.

 

Le second est plus opérationnel et concerne la communication, la mise en marché du dispositif. Comme la technologie est assez nouvelle, il est essentiel d’expliquer très concrètement comment fonctionne le dispositif et ce qu’il apporte au quotidien. Des cas d’usage simples et parlants seront beaucoup plus efficaces qu’un discours trop technique.

 

L’enjeu ici c’est de trouver le bon équilibre : expliquer l’innovation sans perdre les utilisateurs dans des notions trop complexes.

Quelles sont les difficultés particulières sur ce type d’étude ?

Valérie : La principale difficulté, c’est le recrutement. Trouver des participants déficients visuels avec des profils variés — en termes d’âge, de type de handicap, d’autonomie — est beaucoup plus complexe que pour une étude classique.

 

On ne peut pas s’appuyer uniquement sur les panels traditionnels. Il faut aller chercher les participants via différents canaux : associations, aidants, groupes de discussion sur les réseaux sociaux, ou encore les réseaux du client lui-même.

 

Ça demande de mettre en place un plan de recrutement spécifique, mais c’est aussi ce qui permet d’avoir une vision plus juste de la diversité des profils concernés.

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