
Avec Camille
Snacking, social eating, grazing… Vous vous sentez perdu.e ? Pour mieux comprendre comment les 18-35 ans s’alimentent aujourd’hui, je suis allée poser la question à Camille, notre expert Food chez Think Out.
Pour commencer, quel était l’objectif de cette étude ?
Camille : On voulait vraiment comprendre comment les 18-35 ans mangent aujourd’hui, en démontant les idées reçues sur cette tranche d’âge. Donc on a croisé plusieurs approches. On a commencé par interviewer une dizaine d’experts du secteur alimentaire, pour identifier les grandes questions à creuser. Ensuite, on a fait trois semaines d’immersion avec 25 jeunes adultes sur Discord, là où ils échangent vraiment entre eux, pour observer leurs habitudes et leurs arbitrages au quotidien. Et on a complété ça par une enquête quantitative auprès de 1000 jeunes de 18 à 35 ans, afin de mesurer le poids des tendances repérées. L’idée, c’était vraiment d’alterner immersion qualitative et données chiffrées pour avoir une vision assez complète de ce qui se joue aujourd’hui.
Et alors, quels sont les insights clés qui sont ressortis dans les résultats quanti/quali ?
Camille : Ce qui ressort très fort, c’est que les jeunes sont très conscients des enjeux autour de l’alimentation, mais qu’ils vivent aussi avec pas mal de contraintes très concrètes. En gros, ils sont en permanence entre l’idéal et la réalité : envie de mieux manger, de faire attention à leur santé ou à la planète… mais aussi manque de temps, budget serré, quotidien imprévisible.
Du coup, ça donne des comportements assez paradoxaux. Par exemple, ils cuisinent beaucoup et se tournent davantage vers des produits bruts, mais continuent à consommer des produits transformés quand ça simplifie la vie. Autre exemple, beaucoup de jeunes déclarent vouloir réduire leur consommation de viande pour des raisons environnementales ou de santé. Mais dans les faits, elle reste très présente dans certains moments clés : repas en famille, restaurant ou week-end. Comme le résume une participante : « La viande c’est essentiellement le week-end, poulet rôti du dimanche midi… ». Et côté boissons, on voit à la fois une baisse des sodas et des jus sucrés, mais aussi une grande curiosité pour les nouvelles boissons, les alternatives végétales ou les produits un peu innovants.
Bref, ce n’est pas une révolution radicale : c’est plutôt une génération qui avance par petits ajustements, au fil des situations et des moments de vie.
Si vous deviez donner un conseil aux marques qui veulent parler à cette génération, ce serait quoi ?
Camille : Ce qu’il faut garder en tête, c’est que les 18-35 ans ne forment pas du tout un bloc homogène. Entre un étudiant en coloc, une jeune active en ville ou un couple avec enfants, les contraintes, les rythmes de vie et les priorités n’ont rien à voir. Et forcément, leur manière de manger et de faire leurs choix alimentaires s’en ressent.
Ce qui ressort aussi très fortement, c’est que le plaisir reste un moteur central. Les jeunes ont envie de mieux manger, de faire attention à leur santé ou à l’environnement… mais pas au prix du goût ou du moment de partage. L’alimentation reste un espace de découverte, de convivialité, parfois même de créativité.
Et puis il y a un vrai sujet autour de la confiance. Cette génération est plutôt informée, elle lit les étiquettes, elle se renseigne, et elle peut aussi être assez méfiante vis-à-vis de l’industrie agroalimentaire. Les marques qui tirent leur épingle du jeu sont souvent celles qui jouent la carte de la simplicité et de la transparence : des ingrédients compréhensibles, des engagements clairs, et une promesse qui se vérifie vraiment dans l’expérience.
Une petite recommandation de resto pour la fin ?
Camille : J’habite à Bordeaux alors c’est une adresse bordelaise que je vous partage ! Si vous êtes de passage dans la ville, allez chez Déméter rue Ausone, la carte ne sera jamais la même mais c’est vraiment une valeur sûre : toujours des recettes originales, avec des influences du monde entier (mais avec des produits locaux !), et du goût du goût du goût (comme ils disent dans Top Chef !).